Comment réagir face à des événements traumatisants?

Etre témoin d'un événement majeur (par exemple, un accident de travail très grave) peut entraîner un traumatisme. Comment les organisations peuvent-elles aider à y faire face? Voici le témoignage d'un conseiller en prévention.
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preventFocus 05/2023 et 06/2023

Auteur:
Elke Velle, conseillère en prévention aspects psychosociaux chez IDEWE - Conseiller en prévention N souhaite témoigner de manière anonyme
Mis à jour le:

Traumatismes et chocs émotionnels

Un ‘traumatisme’ éveille souvent un sentiment d’impuissance et d’anxiété. Pourtant cela fait partie de la vie. Tout le monde peut souffrir d’un traumatisme, qui provient parfois des parents, des grands-parents, d’une (sous-)culture,... En d’autres termes, le traumatisme ne doit pas être réduit à l’événement ayant provoqué le choc psychologique, mais plutôt être considéré comme une manière figée de faire face à des situations pénibles. Un traumatisme se répète souvent. Et, étant donné que la personne ne trouve pas un moyen différent d’y faire face, les choses ne s’améliorent pas. Ces personnes sont perturbées, on ne parvient pas à identifier le problème et donc pas à y remédier, et la situation stagne ou s’aggrave.

Le choc émotionnel survient de manière très soudaine et inattendue après un événement durant lequel on frôle la mort et face auquel on se sent complètement impuissant et désemparé.

N: "J’ai travaillé de nombreuses années comme conseiller en prévention en sécurité au travail et comme personne de confiance dans le secteur de la construction, qui est un environnement à risque bien connu. Bien que la sécurité dans ce secteur se soit améliorée au cours des dernières années grâce aux efforts croissants de sensibilisation à la sécurité, j’ai été confronté à plusieurs reprises au cours de ma carrière à des accidents du travail graves et mortels. Je ressens évidemment toujours l’impact de ces événements. Je n’utiliserais pas le terme ‘traumatisme’ pour parler de mon cas, mais je dois bien reconnaître que lorsque je lis des titres comme ‘Un ouvrier meurt enseveli sous des décombres’ ou ‘Un ouvrier décède sur un chantier’, cela ne me laisse pas indifférent. Ces événements provoquent un choc qui reste gravé dans la mémoire.

"Ces événements provoquent un choc qui reste gravé dans la mémoire."

Pour les victimes, leur famille et leurs amis, l’impact est encore plus important. Je disais toujours à ‘mes hommes’ (c’est le nom que je donne aux ouvriers avec lesquels je travaille) que mon souhait était de ne jamais rencontrer leur partenaire. Malheureusement, cela a été le cas à plusieurs reprises, car en tant que conseiller en prévention, c’était moi qui étais chargé d’annoncer les mauvaises nouvelles."

Comment réagit-on?

Des réactions uniques

Il faut tenir compte de certains facteurs, liés à l’événement ou à l’individu. Les facteurs personnels les plus déterminants sont la manière dont la personne a déjà géré la perte d’un être cher ou d’autres événements marquants dans le passé, l’âge (les personnes jeunes sont plus vulnérables), le degré de surmenage et les mécanismes de coping développés.

Cela signifie que chaque événement de ce type est unique et différent pour chacun. Même si plusieurs personnes vivent le même événement, leur réaction et leur manière de le traiter peuvent être fort différentes. Le processus varie d’une personne à l’autre.

N: "Je me retrouve complètement dans cette explication. Chacun réagit différemment à un événement spécifique et chacun le gère de manière différente. Et dans le secteur de la construction, qui est considéré comme un ‘monde macho’ où on laisse peu de place aux émotions, après un événement majeur, il est essentiel de réunir l’équipe et d’assurer une sécurité suffisante pour pouvoir en parler ouvertement."

"Dans le secteur de la construction, il est essentiel de réunir l’équipe et d’assurer une sécurité suffisante pour pouvoir en parler ouvertement."

Eléments communs

Le cerveau humain comprend un cerveau primitif, aussi appelé cerveau reptilien, qu’il partage avec tous les animaux. Cette partie du cerveau génère les réactions nécessaires à la survie. La réaction chimique qui se produit dans l’organisme suite à un choc psychologique est automatique. Elle est incontrôlable et se produit sans avoir à y réfléchir.

Cette réaction de survie peut se manifester selon 3 formes: le combat, la fuite ou l’immobilisation. Ces réactions sont accompagnées de pensées, sentiments, comportements et sensations.

La réaction primitive, à savoir la survie, est un cadeau de la nature qui nous servait, il y a bien longtemps, à affronter un animal menaçant. L’adrénaline qui parcourt l’organisme nous permet de fuir plus rapidement le danger, et d’avoir plus de force pour nous ‘libérer’. Le rétrécissement de la conscience qui se produit nous aide à nous concentrer et à agir de manière très ciblée. Les veines se contractent pour éviter les hémorragies, les battements du cœur s’accélèrent, la respiration s’intensifie et passe plutôt par les voies aériennes supérieures. Tout ceci est une bonne chose: le système immunitaire, qui n’est pas utile à cet instant, est inhibé. Toute l’énergie disponible est nécessaire pour survivre à l’instant présent.
Mais à l’heure actuelle, les situations dangereuses n’impliquent plus des animaux menaçants, mais plutôt une explosion de gaz, la disparition soudaine d’un collègue, une catastrophe naturelle, un accident du travail grave, une agression avec menace de mort,…

Les événements ponctuels et très choquants ne sont pas les seuls à avoir de graves effets perturbateurs: le danger et les menaces peuvent également agir tel un poison insidieux dans des situations moins risquées. L’accumulation de situations de ce type finit par entraîner les mêmes réactions chimiques dans l’organisme: recherche de survie constante impliquant le même degré d’impuissance et de désarroi. Par conséquent, nous constatons les mêmes effets à long terme que dans le cas d’un événement majeur. En d’autres termes, les interactions toxiques provoquent aussi des réactions visant à faire face à un traumatisme, même s’il ne s’est apparemment ‘rien passé de grave’.
La menace est donc présente tant lors d’événements majeurs que dans le cadre d’interactions humaines où un danger peut s’insinuer, s’accumuler et finalement entraîner un traumatisme qui peut ensuite être transmis.

Qu'est-ce qui est normal?

Les réactions qui apparaissent en cas de situation de stress extrême sont donc liées à la survie. Ce sont des réactions tout à fait normales pour faire face à une situation anormale.
Les réactions émotionnelles (colère, incompréhension, impuissance, tristesse,…) sont souvent très intenses. Elles sont ressenties à travers tout l’organisme. Certaines personnes paniquent, ce qui entraîne une situation chaotique, d’autres se concentrent et passent à l’action. D’autres encore font preuve de sobriété et de contrôle, mais ne vous détrompez pas, la charge émotionnelle se manifeste souvent plus tard, lorsqu’elles roulent en voiture ou sont à la maison. En d’autres termes, même si une personne indique sur le moment qu’elle va bien, cela ne signifie pas qu’elle n’est pas ‘préoccupée’. Souvent, la libération émotionnelle n’a lieu qu’après coup, sous la forme de tremblements ou de vertiges, par exemple.

Energie accumulée

Face à un événement majeur, l’énergie libérée dans le corps peut être canalisée par des réactions comme le combat ou la fuite. En cas d’immobilisation, cette énergie accumulée qui ne peut pas être évacuée se transforme en une sorte de ‘boule de feu’ prisonnière du corps. Et c’est comme si on appuyait simultanément sur les pédales de frein et d’accélérateur dans une voiture: c’est le blocage à l’extérieur mais toutes sortes d’émotions se bousculent à l’intérieur.
Cette énergie, qui persiste longtemps dans l’organisme, accroît le sentiment d’impuissance. Un sentiment intense de culpabilité et de honte peut aussi se manifester après coup parce qu’on n’a rien fait, ou plutôt qu’on n’aurait rien pu faire. Une fois encore, cette réaction est automatique et imprévisible.

Les animaux sauvages (proies) se figent parfois (immobilisation) lorsqu’ils sont en danger. Lorsque le danger est passé, ils cherchent d’abord à protéger et à mettre le groupe en sécurité, puis ils éliminent cette énergie et poursuivent leur route. Les animaux sauvages en situation de traumatisme sont donc très rares.

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