Opinion: Premiers secours en période de coronavirus

Dans le cadre de la propagation épidémique du virus SARS-CoV-2, de nouvelles directives relatives aux premiers secours en période de coronavirus ont été mises en place en Belgique. Celles-ci se fondent sur les directives du Conseil belge de réanimation (BRC). Le médecin du travail Edelhart Kempeneers émet quelques réserves à l’égard de ces directives.

Nouvelles directives
Concrètement, les nouvelles directives impliquent le respect d’une distance de sécurité d'1,5 mètre, excepté pour prodiguer les premiers secours (port obligatoire de gants jetables et d’un masque buccal). Évidemment, trouver un bon équilibre n’est pas aisé, mais j’ai quelques réserves déontologiques à émettre sur cette recommandation.

Suspicion de contamination
Le principe de base veut que l’on administre les premiers secours uniquement si la sécurité du secouriste est suffisamment garantie. Étant donné la possibilité d’être contaminé par le virus SARS-CoV-2 en étant asymptomatique, le Conseil belge de réanimation considère qu’à l’heure actuelle, toute personne est potentiellement contaminée. À juste titre, puisque des échantillonnages récents dans un État fédéré allemand révèlent que 15% des habitants sont actuellement contaminés. Ils ne sont pas tous contagieux au même moment, mais il faut reconnaître qu'il existe un risque important en cas de contact avec une victime.

Distance et pas de bouche-à-bouche
En conclusion, il faut donc toujours respecter une distance d’1,5 m, sauf si la vie de la victime est en danger. À nouveau, cette directive me semble pertinente. Même en gardant ses distances, l’on peut venir en aide à une victime, par exemple en appelant les services de secours. Je considère également qu’une réanimation (un geste qui sauve) sans bouche-à-bouche est une directive adéquate. L’intérêt d'alterner massage cardiaque et bouche-à-bouche est contesté depuis longtemps et vu le contexte actuel, le seul recours aux compressions thoraciques peut être privilégié.

Le port du masque et des gants obligatoire pour sauver des vies?
Par contre, interdire à l'intervenant de s'approcher de la victime pour la réanimer s'il ne porte pas de gants jetables et de masque chirurgical ou FFP2, car le risque de contagion est trop élevé, me semble inacceptable d’un point de vue déontologique. Le virus SARS-CoV-2 n’est pas la peste. Évidemment, il existe un risque de contamination SI la victime est atteinte du Covid-19. De plus, cela ne signifie pas nécessairement que l’intervenant sera contaminé. De plus, s'il y a contamination, l’intervenant ne tombera pas toujours gravement malade; en effet, plus de 80% des cas confirmés sont légers, voire asymptomatiques. L’estimation précitée du nombre réel de personnes contaminées (15% de la population au lieu de 0,15%) suppose donc un facteur multiplié par 100, ce qui signifierait que 99,8% des contaminations entraînent très peu de complications, voire aucune.

Conclusion
J’approuverais donc sans aucun doute cette directive si elle recommandait de conserver une distance d’1,5 mètre en cette période de coronavirus et de ne s'approcher de la victime que si son pronostic vital est engagé. Je suis également favorable au massage cardiaque sans insufflations, ainsi qu’au port de gants et d'un masque buccal si possible. Toutefois, laisseriez-vous une victime d'un arrêt cardiaque décéder sous prétexte de ne pas avoir de gants ou de masque sous la main? C’est cette mesure que je n’approuve pas.

À propos de l’auteur: 
Edelhart Kempeneers est un médecin spécialisé en médecine du travail. Il est actuellement directeur médical chez Attentia.

 

 

 

: preventMail 15/2020