Opinion - Prévention et société résiliente: pas de confinement efficace sans éducation

La Belgique est aujourd’hui, 5 avril 2020, le troisième pays au monde, derrière l’Italie et l’Espagne, où le risque de décéder du Covid-19 est le plus important. Et une catastrophe économique est en train de se préparer. Le succès du confinement doux est pour le moins discutable, même si ce concept intelligent et solide en théorie part d’une bonne intention.

Confusion
Le but du confinement doux, dans lequel nous nous trouvons en raison du Covid-19, est d’abord de sauver un maximum de vies – la santé avant tout – et de réduire l’impact sur l’économie au minimum. Un concept bien pensé, qui ne peut que remporter l'adhésion. En effet, tout le monde peut continuer à travailler en respectant les consignes de sécurité et les mesures de prévention. Cependant, ces consignes sont parfois floues, semblent irréalistes ou sont mal comprises. Certains ne comprennent pas l’utilité de certaines mesures, d’autres y sont carrément opposés, d’autres encore les interprètent mal (dans la logique ‘tout ou rien’). Cette situation oblige le citoyen à quitter sa zone de confort. Des mesures de réduction des risques (mais il reste possible de contracter la maladie), des mesures ultra-compliquées pour ce qui concerne la poursuite des activités,… et d’ailleurs, pourquoi un comportement donné est-il raisonnable ou non? Les gens ne comprennent pas vraiment.

Semer des graines de prévention
Le confinement doux ne peut fonctionner que si les décisions adéquates sont prises à temps et que les citoyens comprennent le but de ces mesures et savent comment les mettre à exécution. Or, c’est là que le bât blesse: la population n’est absolument pas préparée aux mesures qui ont été prises. Il est difficile, pour beaucoup, de se rallier à des règles imposées du jour au lendemain. Et, si les autorités parviennent à les faire respecter, il faut aussi tenir dans la durée (et cela, même s’il fait un temps magnifique dehors). Il faut donc une motivation intrinsèque.
Le seul moyen d’avoir une société résiliente avant qu’une catastrophe de grande ampleur ne survienne est de semer des graines de prévention en éduquant les citoyens, et il n’y a pas de résilience possible sans bien connaître les risques, les probabilités, les mesures de prévention,...

Enseignement
Les comportements irresponsables de certains citoyens ont mis en évidence leur méconnaissance des risques potentiels et leur image faussée de la prévention. Ils veulent rester dans la phase de déni le plus longtemps possible, le plus souvent par ignorance et par indifférence. Or, l'enseignement peut combler cette lacune. Des matières relevant de la sécurité pourraient couvrir la gestion de risques, définir la prévention (à l’aide du triangle épidémiologique), expliquer comment effectuer une analyse des risques (et présenter les techniques disponibles), donner les éléments nécessaires pour bien interpréter les règles de sécurité, différencier les mesures fiables et celles qui le sont moins, indiquer pourquoi la conscience du risque et la conscience situationnelle sont fondamentales pour prendre les bonnes décisions dans la vie,... La population belge a un bon niveau de formation, y compris technologique, mais on ne peut en dire autant de la connaissance des risques et du comportement face aux risques; des efforts restent à faire dans ce domaine. C’est pourquoi la Belgique n’a pas la résilience qu’elle pourrait avoir pour maîtriser cette pandémie.

Tirer des leçons
Il vaut toujours mieux prévenir que guérir, non seulement d’un point de vue social et humain, mais aussi d’un point de vue financier et économique. Le confinement doux doit passer par une attitude ‘intelligente’ adaptée: beaucoup plus de sensibilisation à la prévention et aux principes, modèles, théories de sécurité, etc. C’est un fait incontestable. J’espère que c'est une des leçons que nous tirerons de cette période noire.

À propos de l’auteur:
Prof. Dr Ing. Genserik Reniers, chaire sécurité des substances dangereuses

TU Delft, KU Leuven, UAntwerpen

 

 

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