La lutte contre le coronavirus en Europe: différentes variantes

Comme le dit, la directrice du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), dans une interview d’Euractiv, le 10 février 2020, la décision finale en matière de mesures pour lutter contre le coronavirus (COVID-19) dépend en dernier ressort des autorités nationales. Alors comment cela se passe-t-il en Europe? Et en Belgique, en France, aux Pays-Bas? Quelques petits coups de sonde.

Risque faible en Europe
‘La stratégie européenne vise à contenir le virus, ce qui implique de détecter et de diagnostiquer les cas symptomatiques rapidement ainsi que d’identifier et de surveiller de près toutes les personnes entrées en contact avec le patient’, expliquait la directrice du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) à Euractiv, le 10 février 2020.
Le risque de voir le virus se propager est faible, mais on manque encore d’informations plus précises: on ne sait pas encore à quel point le coronavirus est contagieux et à quel moment commence la période de transmissibilité. L’ECDC met à jour ses recommandations dès qu’elle reçoit de nouvelles informations sur le virus et a proposé une série d’options pour contenir le coronavirus. La décision finale dépend en dernier ressort des autorités nationales.
 
Protection du personnel médical
La protection du personnel médical est un problème important, rendu plus aigu par le décès du médecin chinois qui avait essayé de prévenir les autorités de son pays lors de l’apparition de l’épidémie. L’ECDC a publié des recommandations sur les mesures de prévention que devraient prendre les professionnels de la santé qui traitent des patients touchés par le coronavirus (voir encadré).
 

Mesures de protection du personnel médical
Compte tenu de l'incertitude actuelle concernant la ou les voies de transmission du irus CoV 2019, l'ensemble d'EPI préconisé empêche le contact (notamment via les gouttelettes) et la transmission par voie aérienne.
 
Protection respiratoire
Le respirateur protège contre l'inhalation de gouttelettes et de particules. L'ajustement des différents types de respirateurs varie d'un utilisateur à l'autre: le respirateur devra être soumis à un test d'ajustement afin de trouver l'EPI le mieux adapté à l'utilisateur. S’il faut évaluer un cas suspect ou gérer un cas confirmé, l'ECDC suggère l'utilisation de masques filtrants FFP2 ou FFP3. Un respirateur FFP3 doit toujours être utilisé lors de procédures générant des aérosols.
 
Protection des yeux
Pour éviter l'exposition de la muqueuse oculaire au virus, il faut porter des lunettes de protection ou un écran facial. Il est important que les lunettes de protection s'adaptent aux contours du visage de l'utilisateur et soient compatibles avec le respirateur.
 
Protection du corps
Il faut utiliser des vêtements à manches longues résistantes à l'eau. Cet EPI n'a pas besoin d'être stérile, sauf s'il est utilisé dans un environnement stérile (par exemple, en salle d'opération). Si des blouses résistantes à l'eau ne sont pas disponibles, des tabliers en plastique à usage unique peuvent être utilisés par-dessus les blouses non résistantes à l'eau pour éviter la contamination du corps.
 
Protection des mains
Des gants doivent être utilisés pour la prise en charge des patients suspects ou confirmés porteurs du virus 2019.
 
En Belgique: que peuvent faire les entreprises?
Une épidémie?
Si une épidémie devait se produire en Belgique, l'effet pourrait être comparable à celui d'une épidémie de grippe. Pour rappel, chaque année, plus d'un demi-million de Belges sont infectés par la grippe et en moyenne 1000 personnes meurent de cette maladie infectieuse, principalement des personnes de plus de 65 ans et des personnes dont la résistance est affaiblie.
 
Voyages
Suivre le site du SPF Affaires étrangères, qui adapte régulièrement ses conseils aux voyageurs en fonction des recommandations de l'OMS (Organisation mondiale de la santé). Une auto-quarantaine est depuis peu d’application à Pékin (voir encadré).
 
Avis du SPF Affaires extérieures
Tous les voyages dans la province de Hubei sont déconseillés, de même que les voyages non essentiels dans les autres provinces de Chine (à l'exception de Hong Kong). Les mesures prises par les autorités chinoises pour prévenir la contamination et la propagation du coronavirus (COVID-19) ont d’importantes conséquences sur les transports, les activités économiques, les soins de santé et le tourisme sur l’ensemble du territoire. Depuis le 15 février 2020, toutes les personnes qui entrent dans la ville de Pékin doivent se mettre en auto-quarantaine pendant 14 jours; à la maison ou à un endroit désigné. Les personnes qui ne suivent pas cette règle peuvent être poursuivies en justice. Les personnes concernées doivent contacter à l'avance leur employeur et le responsable de leur lieu de résidence. Plusieurs autres villes en Chine pourraient appliquer des règles similaires dans un avenir proche.
 
 
Mesures dans les entreprises
Les personnes récemment rentrées de Chine ne peuvent pas être obligées par leur entreprise à prendre un congé de maladie. Elles peuvent toutefois demander à télétravailler pendant la période d'incubation de deux semaines et, en cas de symptômes, consulter leur médecin traitant pour détecter une éventuelle infection par ce coronavirus. L'entreprise peut prévenir la propagation du virus en encourageant les mesures d'hygiène (hygiène des mains, en cas de toux et d’éternuements) et en informant les travailleurs sur le sujet par courrier électronique et/ou au moyen d’affiches. Les masques buccaux en entreprise ne peuvent actuellement pas être considérés comme une mesure.
 
Coronavirus en France: le point de vue d’un avocat
Le site wk-rh.fr a interrogé un avocat sur les droits et les devoirs des salariés en France dans le cadre de la lutte contre le coronavirus, le 5 février 2020.
 
Rapatriement systématique?
L’avocat pointe l’obligation de sécurité des employeurs. Il souligne cependant que l’on assiste, dans la jurisprudence, au déplacement de l’obligation de sécurité vers une obligation plus générale de prévention des risques professionnels: l’employeur doit donc prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale de ses salariés. D’après lui, l‘employeur français devrait, vu l’état actuel de la propagation du virus, proposer le rapatriement à tout salarié vivant dans la région de Wuhan, la ville chinoise où est apparu le coronavirus et prendre des mesures de prévention ‘draconiennes’ pour le personnel encore présent sur le reste du territoire chinois (prolongation des congés, interdiction des déplacements interprovinces,…).
 
Refus de voyager?
Un salarié peut refuser un voyage professionnel en Chine: le Code du travail français stipule que les salariés peuvent se retirer de toute situation de travail dont ils ont un motif raisonnable de penser qu’elle présente un danger grave et imminent pour leur vie ou leur santé, ainsi que se soustraire de toute défectuosité qu’ils constatent dans les systèmes de protection. L’employeur ne peut le contraindre dans ce cas à reprendre son activité.
 
Mesures dans les entreprises?
Pour l’avocat interviewé, l’employeur doit non seulement prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs (prévention des risques professionnels, information et formation, mise en place d’une organisation et de moyens adaptés), mais aussi adapter ces mesures pour tenir compte du changement des circonstances.
En pratique, à ce stade de l’épidémie, il s’agirait de:
- donner des consignes aux salariés en voyage professionnel, comme le port de masques FFP2 dans les aéroports internationaux.
- rappeler au personnel les recommandations standards pour prévenir la propagation de toute maladie infectieuse: respecter les mesures habituelles d’hygiène (notamment se laver fréquemment les mains avec de l’eau savonneuse ou les désinfecter avec une solution hydroalcoolique).
- veiller à l’hygiène des locaux de travail (nettoyage de surfaces pouvant être contaminées, etc.). Il faut donc s’assurer que l’entreprise dispose de suffisamment de savons, serviettes, produits de nettoyage et de décontamination des surfaces.
 
Interview d’un médecin du travail aux Pays-Bas
Comment cela se passe-t-il pour le moment aux Pays-Bas avec le coronavirus?
On prend effectivement aussi des mesures pour contenir le virus: détection des cas, mise en quarantaine, identification des personnes entrées en contact avec le patient.
Pour le moment, ce qu’il faut éviter, c’est la panique. Porter un masque buccal par exemple est inutile en entreprise. Mais il est certain que le personnel médical doit se protéger de manière appropriée quand il est en contact avec des patients contaminés. Les centres qui s’occupent de ces cas sont habitués à travailler dans ce type de contexte.
 
Du travail en plus?
Non, ce coronavirus n’entraîne pas de travail supplémentaire. Pensez à la grippe. Beaucoup de personnes sont aussi infectées. Les décès se comptent sont principalement parmi les personnes de plus de 65 ans et les personnes dont la résistance est affaiblie.
 
Faut-il appliquer des tests préventifs quand quelqu'un revient de Chine?
Non, parce que cela ne donne aucune certitude. Si vous êtes infecté par le virus, il n'y a pas assez de virus dans l'organisme pendant les premiers jours. Le test ne démontre pas si vous êtes infecté par le nouveau coronavirus (COVID-19) ou pas. C'est pourquoi nous ne testons la présence du virus que lorsque les personnes se plaignent. Tant qu’elles ne présentent pas de symptômes, il n'y a aucune raison de passer un test.
Aux Pays-Bas, nous sommes plus terre à terre qu'en France, je pense: nous ne faisons pas passer autant de tests. D’autant plus que ces tests ne sont pas encore efficaces à 100%... Nous attendons que les personnes présentent des symptômes.
 
Masques buccaux pour le personnel médical uniquement
Aux Pays-Bas, nous ne recommandons que les masques buccaux pour le personnel médical. Pourquoi? Parce que ce n’est efficace que si vous utilisez des masques spéciaux qui adhèrent parfaitement bien au niveau du nez et de la bouche. Vous devez utiliser les masques avec beaucoup de précaution, les changer régulièrement, toutes choses presque incompatibles avec une utilisation quotidienne.
 
Votre conclusion?
Surtout ne pas créer de panique. Concentrez-vous sur une bonne hygiène des mains. Pensez à nettoyer plus fréquemment les surfaces pouvant être contaminées et que tout le monde touche (clenches de portes,…). Je ne découragerais pas un ami d'aller en Chine en ce moment mais je lui donnerais le même conseil (veiller à une bonne hygiène des mains) et j’ajouterais: éviter les foules. 
 
Sources: interview Prevent 17/02/2020, rivm.nl
 
Sources: euractiv.fr, ecdc.europa.eu, prevent.be, wk-rh.fr
: preventMail 07/2020